fbpx

Qualifier son enfant de “timide”, c’est le condamner à vivre avec sa peur

Ancienne timide, c’est seulement à l’âge adulte que j’ai guéri. Mais que d’années perdues ! Sachez détecter les peurs de votre enfant et n’attendez pas pour l’aider à les surmonter. La timidité ne doit rester qu’une difficulté passagère ou une étape dans son développement.

Qualifier son enfant de "timide", c'est le condamner à vivre avec sa peur. La timidité est une peur de l’autre, une peur d’entrer en communication, en relation.Jusqu’à la trentaine je suis restée convaincue d’être une personne timide par nature. Il y a encore quelques années je me qualifiais avec humour (jaune) d’ “handicapée de la communication”.

Je ressens encore mes genoux en compote lorsque la maîtresse m’appelait au tableau à l’école. Mes joues en feu quand on m’interrogeait au collège – confirmé par un “tomate !” moqueur envoyé par mon voisin. L’impossibilité de parler à une personne inconnue en soirée étudiante. Le coeur battant la chamade au moment de prendre la parole en réunion de travail.

Sans compter le regard vers le sol – voire le changement de trottoir ! – pour éviter de parler à une personne connue croisée dans la rue. Mon prénom, toujours répété deux ou trois fois avant qu’il soit compris : “Valérie ? – Non, Frédérique. – Ah, Dominique ? – Non, Frédérique.”

À 30 ans il m’arrivait encore régulièrement de demander à mon compagnon d’appeler un service client à ma place ! Aujourd’hui, tout cela est derrière moi à tel point que mes nouveaux amis s’étonnent de ce passé. Mais vivre si longtemps avec ça, non seulement c’est lourd, mais m’a certainement empêché de faire de belles rencontres, et peut-être de belles choses ?

Je suis restée convaincue d’être une personne timide par nature. Genoux en compote, joues en feu, prendre la parole en réunion, regard vers le sol.

La timidité, une tare contre laquelle on ne peut rien ?

Un jour que j’organisais un barbecue, une amie est arrivée avec sa fille et m’a dit d’une traite “je te présente ma fille Aline, elle est timide, elle ne va pas parler, c’est normal”. A l’intérieur j’étais horrifiée par ces paroles et mon coeur d’enfant s’est trouvé immédiatement en empathie avec cette enfant de 7 ans, le regard fuyant, ne sachant que faire de ses longues jambes, les doigts accrochés au gilet de sa mère.

En disant cela, sa mère me dissuadait de m’intéresser à Aline. A peine arrivée à la fête elle en était déjà exclue pour cause d’inaptitude. Qualifier son enfant de timide c’est lui laisser croire qu’il l’est intrinsèquement, qu’il n’y peut rien, et qu’il devra vivre avec. Sans compter que “timide” n’est généralement pas un compliment, c’est plutôt une tare.

Et même si le mot n’est pas prononcé devant l’enfant, le fait que le parent croie que son enfant est timide et que c’est comme ça, ne l’incitera pas à essayer de changer les choses.

Et de toute façon les étiquettes finissent par arriver aux oreilles ou au coeur des enfants…

La timidité n’est pas un trait de personnalité mais un handicap social, à distinguer d'être réservé ou introverti

À propos des mots du quotidien, avez-vous lu mon article Et si les mots “bêtise” et “sage” empoisonnaient notre éducation ?

La timidité n’est pas un trait de personnalité mais un handicap social

La première difficulté réside dans le fait de distinguer la timidité des traits de personnalité qui y ressemblent, tel qu’être réservé ou introverti. Un enfant introverti va être tourné plus vers son monde intérieur que vers les autres. Même s’il a des relations et peut apprécier un moment en groupe, il va avoir besoin, fréquemment, de se retrouver seul pour se ressourcer, en se plongeant dans son monde à lui (imagination, lecture, musique, jeu…). Il est important de le laisser s’isoler quand il le demande.

La timidité est en revanche une peur de l’autre, une peur d’entrer en communication, en relation. Vous pouvez observer chez l’enfant cette peur lorsqu’il entre en contact avec une personne ou arrive dans un groupe : à l’école, au parc, chez vos amis… Mais aussi quand vous évoquez à l’avance ces événements avec lui, telle que la colonie prévue cet été.

Peut-être verrez-vous les symptômes physiques de cette peur (rougissement, regard fuyant, tremblements, bafouillement…) ou alors la réaction qu’elle déclenche chez lui : il ne parle plus, il fuit, il demande à ce qu’on parle à sa place, il demande à ne pas y aller, voire à l’inverse il se met à faire le clown et c’est très dur de l’arrêter.

Explorez avec lui ces peurs qui l’emprisonnent

La timidité vient de la peur de l’autre et d’une angoisse de la relation. Un enfant timide n’a pas une assez bonne image de lui-même.

Plutôt que cette timidité soit taboue, vous pouvez explorer avec l’enfant cette peur, pour mieux la cerner ensemble.

En dialoguant seul avec lui, à propos d’un événement qui s’est produit, en partant des faits: “j’ai remarqué que le stylo que tu as emprunté à la maîtresse la semaine dernière est toujours dans ton cartable”. “Tu as voulu que ce soit moi qui commande le pain au chocolat à la boulangère. C’est quelque chose que tu trouves difficile ?”.

L’enfant peut alors livrer des bribes de ce qui se passe dans sa tête à ce moment-là “j’ai peur qu’elle pense que j’ai voulu voler son stylo”. Généralement il va abréger ce type de discussion qui peuvent être inconfortables, puisque l’émotion resurgit, ou qu’il a peur de décevoir son parent.

N’insistez pas. Mais petit à petit, on peut mettre des mots ensemble et les réutiliser quand l’occasion se présente : “J’ai compris que parfois tu as un peu peur de parler à un adulte que tu ne connais pas. Et la directrice de l’école, par exemple, est-ce que tu lui as déjà parlé ?”. “Est-ce que tu serais d’accord pour aller lui donner le bonnet que tu as trouvé dans la cour ?”

Tentez de comprendre ses croyances sur lui-même et sur les autres

La timidité vient de la peur de l’autre (imaginé comme effrayant, ou pouvant être violent verbalement ou physiquement) et aussi d’une angoisse de la relation (comment communiquer avec un autre ? je ne sais pas). Ces craintes se sont construites à travers le vécu de l’enfant : adultes qu’il a fréquenté, expériences sociales…

Même si pouvez avoir des pistes ou faire des hypothèses, inutile de vouloir les analyser avec certitude. Non seulement vous n’avez pas assisté à tout, mais en plus chaque être humain réagit différemment.

Quoi qu’il arrive, un enfant timide n’a pas une assez bonne image de lui-même, il se met en position d’infériorité par rapport aux autres, et est empêché de s’épanouir et nouer des amitiés, des amours. C’est pourquoi, en tant que parents, aidez-le au plus tôt, avant que cela ne s’installe comme un mode de fonctionnement et une souffrance silencieuse.

Aidez-le à surmonter les obstacles par des expériences simples et progressives

Votre enfant doit apprendre la relation et découvrir qu’elle peut être heureuse et nourrissante : entrer en contact, faire une demande, gérer un désaccord… Et la meilleure façon d’apprendre reste d’expérimenter, avec le soutien de papa et maman.

A force d’expériences réussies, il prendra confiance en lui et sa peur s’atténuera.

Voici quelques conseils concrets :

  • bannissez le mot “timide” de votre vocabulaire. N’acceptez pas qu’une personne qualifie votre enfant de timide devant lui. Je parle d’ailleurs des étiquettes et des surnoms dans mon article La famille n’est pas un jeu de rôles ! (poème).
  • profitez des opportunités qui se présentent dans la vie quotidienne pour faire vivre des expériences à votre enfant. Commander du pain, proposer l’apéritif aux amis, raconter ses vacances à sa classe…
  • ne faites pas à sa place – sauf gros blocage – car cela confirme son incapacité et votre supériorité.
  • soutenez-le avant, pendant et après son action, par votre présence, vos mots, votre aide
    Enfant timide : aidez-le à surmonter les obstacles et prendre confiance en lui par des expériences simples et progressives
  • ne le laissez pas seul s’il est paralysé de peur, il pourrait se sentir abandonné
  • allez-y étape par étape au fur et à mesure de ses progrès. Par exemple : d’abord une après-midi chez un copain, puis une soirée pyjama, puis un weekend avec plusieurs amis, puis une première colonie courte ou avec un ami…
  • montrez-lui que vous comprenez et acceptez sa peur, par des mots et des câlins. Ne la lui reprochez pas.
  • valorisez ses progrès, mêmes minimes : “ce matin tu as dit bonjour à la maîtresse en la regardant, et elle t’a fait un grand sourire, tu as vu ? Elle semblait contente de te voir arriver !”
  • montrez l’exemple en étant avenant avec les inconnus et les commerçants, dans les discussions entre amis.
  • s’il est présent, incluez-le dans vos discussions entre adultes, pour lui montrer qu’il est digne d’intérêt.

Si vous n’y arrivez pas seul, n’hésitez pas à consulter un professionnel tel qu’un psychothérapeute.

Et vous, avez-vous été timide ? Et vos enfants ? Avez-vous d’autres expériences ou conseils ? Partagez en commentaires !

Abonnez-vous pour recevoir toutes mes nouveautés et suivre mon actualité !

Votre espace de discussion 0 commentaires

Une question, une réaction, une expérience à partager ?