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Pourquoi je trouve les devoirs débiles et nuisibles

Les devoirs d’école sont une tradition tellement ancrée qu’on ne songe même pas à les remettre en question. Dans la plupart des familles c’est une obligation quotidienne. Dans cet article, j’expose les 10 raisons pour lesquelles ils ne servent à rien et dénonce leur pouvoir de nuisance dans la vie de famille. Et si on arrêtait les devoirs ?

Pourquoi je trouve les devoirs débiles et nuisibles. 10 raisons pour lesquelles ils ne servent à rien, sont inutiles, pourrissent la vie de famille, relation parent enfant

À la base, les devoirs partent d’une intention louable : la répétition

L’intention initiale des devoirs est pourtant sensée : répéter pour mieux apprendre. Dans tous les domaines, la pratique régulière est indispensable pour acquérir une compétence : le sport, la musique, la cuisine, le dessin, la programmation informatique, la danse…

Il en va de même pour le calcul, la lecture, l’écriture, les langues étrangères. La mémoire et les connexions dans le cerveau sont renforcées par la répétition. Et pourtant, les devoirs traditionnels sont bien loin de tenir la promesse de mieux apprendre.

Les devoirs s’avèrent très peu utiles, voire contre-productifs

Après une journée d’école, l’enfant n’a plus d’énergie pour ça. Les devoirs ne sont pas obligatoires. Les devoirs sont inutiles. Fatigue de l'environnement collectif

J’ai toujours eu l’intuition que quelque chose clochait avec les devoirs, d’abord avec mes beaux-enfants, que j’ai vu évoluer de la maternelle au lycée, puis avec mes propres enfants. Petit à petit, j’ai carrément perdu toute conviction quant à l’utilité de ce rituel quotidien.

Au point de sentir une petite colère monter en moi au moment d’ouvrir l’agenda ! Au bout d’un an d’école primaire de mon aînée, chez moi les devoirs étaient faits “à ma sauce” et n’étaient plus obligatoires.

Avec le recul, l’expérience et mes nouvelles connaissances scientifiques, j’arrive maintenant à identifier pas moins de 10 raisons pour lesquelles je trouve les devoirs tout simplement… débiles.

1. Après une journée d’école, l’enfant n’a plus d’énergie pour ça

Après une journée d'école, l'enfant n'a plus d'énergie. Environnement collectif, rester calme, instructions, horaires, froid, chaud, bruit, agressions, dévalorisations

À l’heure des devoirs l’enfant est réveillé depuis plus de 10 heures. Il vient de passer au moins 8 heures en environnement collectif. Il a dû rester calme, suivre des instructions, respecter des horaires minutés pour chacun de ses actes y compris manger et aller aux toilettes. Il a subi le froid ou le chaud, le bruit constant, peut-être les petites agressions de camarades ou les dévalorisations d’une maitresse*.

Il est vidé, comme quelqu’un qui rentrerait du bureau après une journée de réunions et 2 heures de transports. Qui pense sincèrement qu’il est dans un état propice à retenir des tables de multiplication ou des conjugaisons ?

* j’emploie la forme féminine “maitresse” car les femmes y sont plus nombreuses, mais je parle bien sûr autant des maîtres que des maitresses.

2. Les devoirs demandés sont décorrélés du rythme d’assimilation de l’enfant

Les enfants n’apprennent pas tous au même rythme chacune des leçons. Pourtant, ils ont le même emploi du temps quotidien, et étudient la même chose au même moment. Dans la même logique, on leur donne les mêmes devoirs chaque soir.

Cela crée régulièrement un décalage. Par exemple, on a le 1er scénario : il a des exercices à faire sur une compétence assimilée (=> perte de temps). Et le 2ème scénario : il a trop peu d’exercices pour comprendre ou assimiler une compétence (=> la maîtresse passe à autre chose, et plus tard il aura des difficultés à comprendre d’autres leçons).

3. La forme des devoirs n’est pas adaptée au type d’intelligence de la plupart des enfants

Il y aurait 8 types d’intelligence et les exercices scolaires ne sont conçus que pour 2 types d’intelligence : celle du langage et celle des mathématiques et de la logique. Les enfants qui n’ont pas développé celles-là devront faire un effort phénoménal pour apprendre… si tant est qu’ils y arrivent.

Idem pour ceux qui n’ont pas une bonne mémoire visuelle. Faisons une analogie : serait-il facile pour vous de monter un meuble Ikea dont la notice serait écrite intégralement en texte, sans aucun schéma ? De comprendre un documentaire en langue des signes ?

Huit types d'intelligence, école favorise intelligence du langage et celle des mathématiques et de la logique. Mémoire visuelle, auditive, kinesthésique.

4. On ne donne pas aux parents les moyens d’aider l’enfant correctement

Les devoirs sont souvent une sorte d’exercice sorti de son contexte (ex : “Calculer la durée entre le 4 mai et le 16 juillet”). Ou bien une leçon théorique dont on ne comprend pas bien à quoi elle sert (ex : “Le groupe verbal est le groupe qui contient le verbe. Il peut être composé du verbe seul ou du verbe accompagné d’un complément.”).

Les parents manquent de vision globale et de finalité… difficile d’être enthousiaste.

Par ailleurs, les parents ne savent pas comment la maitresse a expliqué – à moins de fouiller dans les cahiers et les livres, si tant est qu’ils ne soient pas restés à l’école. En voulant aider l’enfant ils improvisent une pédagogie, qui peut vite rendre l’enfant confus.

Ce point est encore pire si le parent aide aux devoirs irrégulièrement : il est vite largué dans l’enchaînement progressif des leçons.

5. Pendant les devoirs l’attention de l’enfant est forcément morcelée

Les devoirs étant un mix de plusieurs matières, au final l’enfant se concentre seulement quelques minutes sur un sujet, puis passe à un autre sujet. Pourtant, c’est le fait d’être attentif en continu, pendant une durée suffisante, qui permet d’ancrer les apprentissages.

En fait, il vaudrait mieux faire du calcul mental pendant 15 minutes, puis le lendemain écrire pendant 15 minutes, plutôt que 5 minutes de calcul, puis 5 minutes de poésie, puis 5 minutes de conjugaison, tous les jours.

Sans compter que l’enfant peut manquer de concentration à cause de l’environnement, chez lui ou à l’étude (bruit, mouvements, interruptions, distractions…).

6. Les leçons ne sont pas appliquées dans la vie quotidienne de l’enfant

On apprend beaucoup mieux si on met en application un concept, si on est actif, et si on observe un résultat immédiat. Apprentissages théoriques de l'école.

Il est démontré qu’on apprend beaucoup mieux si on met en application un concept, si on est actif, si on observe un résultat immédiat. Par exemple, en faisant la cuisine, en bricolant, en faisant une expérience scientifique, etc. Si vous voulez en savoir plus, regardez la pyramide de l’apprentissage.

Au lieu de profiter du temps hors école pour mettre en application les leçons, les devoirs répètent les mêmes énoncés théoriques qu’à l’école ! Le summum que j’ai vu était des exercices de rendu de monnaie, où ma fille devait dessiner des pièces en euros et en centimes. Ça lui avait pris un temps fou ! Pourquoi ne pas lui demander d’accompagner ses parents chez les commerçants et de s’entrainer à payer, ou au minimum de jouer à l’épicerie avec ses parents ?

7. Les devoirs ralentissent l’autonomie de l’enfant

Les devoirs sont hyper-cadrés. Les exercices sont précis, ce sont des questions fermées avec une seule bonne réponse. Même l’organisation est dirigée par la maitresse : elle écrit ou dicte les devoirs, elle indique les cahiers à emmener. Il n’y a aucune place pour la prise d’initiative par les enfants, ni pour la créativité.

Pourquoi ne pas proposer des devoirs ouverts ? Exemples : “Trouve dans ta maison 10 objets contenant le son f”. “Combien de jours devras-tu attendre entre ton anniversaire et Noël ?”. “Choisis un livre chez toi ou à la bibliothèque. Fais-en un résumé devant la classe lundi prochain”. “Invente un menu de saison pour recevoir tes amis à dîner, et calcule son coût”. “Recherche sur Internet les personnages principaux de la Révolution française, avec tes parents”.

Les enfants n’apprennent pas à apprendre, alors qu’ils en auront cruellement besoin adulte ! En particulier avec la révolution numérique : les métiers actuels qui se transforment ou disparaissent, les nouveaux métiers, la nécessité de changer plusieurs fois d’activités dans sa vie.

8. On n’apprend pas sous la contrainte

La contrainte est un frein typique à l’apprentissage. Il est illusoire de croire qu’en forçant son enfant à apprendre une leçon par coeur, à faire des additions, ou en le menaçant d’une mauvaise note, il retiendra quelque chose. Au mieux, il mémorisera pour assurer au contrôle, et après il oubliera.

L’apprentissage est beaucoup plus durable si l’enfant a une motivation intrinsèque. S’il est attiré, curieux de quelque chose, que ça l’amuse. Les devoirs sont ennuyeux pour la majorité des enfants. Pourtant, les mêmes savoirs pourraient être rendus intéressants, avec un minimum d’effort et d’imagination…

On n’apprend pas sous la contrainte. L’apprentissage est beaucoup plus durable si l’enfant a une motivation intrinsèque, est curieux, si ça l’amuse. Les devoirs sont ennuyeux pour la majorité des enfants.

9. Les devoirs servent à forcer les parents à s’impliquer dans l’instruction de leur enfant

En réunion de début d’année, les maitresses insistent pour que les parents accompagnent les devoirs de leur enfant, au moins le weekend. Elles savent bien qu’un enfant peut être “en retard” par rapport au reste de la classe, sur une leçon donnée. Elles savent aussi qu’elles n’ont pas le temps de soutenir individuellement chacun, et qu’un enfant progresse mieux s’il est encouragé par des parents aimants.

Sauf qu’à cette réunion se sont déplacés uniquement les parents qui sont déjà impliqués dans l’instruction de leur enfant. Embêterait-on tout le monde dans l’espoir que certaines familles finissent par s’impliquer ?

10. Les devoirs sont des heures supplémentaires pour finir le programme

On demande aux maitresses de transmettre une liste conséquente de savoirs à une classe de 30 élèves, dans un nombre d’heures limité. Par ailleurs, en début d’année les capacités sont très variables d’un élève à l’autre.

Aussi, certains chahutent en classe, ce qui perturbe l’environnement et interrompt la maitresse. Si on prend un élève individuellement, son temps d’apprentissage effectif est bien inférieur aux 5h20 passées en classe. La mission des maitresses est-elle possible ?

Transmettre le programme scolaire à une classe hétérogène de 30 élèves. Déporter des heures d’apprentissage sur le temps familial, avec le partenariat des parents.

En tout cas, déporter des heures d’apprentissage sur le temps familial, avec le partenariat des parents, c’est toujours ça de gagné.

Les devoirs, une pratique nuisible au bien-être de l’enfant et à sa famille

En plus d’être inutiles dans les apprentissages, les devoirs ont des effets de bord négatifs sur le bien-être de l’enfant et l’ambiance familiale. Voici les 3 conséquences que je leur reproche :

1. Les devoirs sont un voleur de temps

Les veilles de jours d’école, passer 15 à 30 minutes en devoirs, c’est tout ce temps en moins pour satisfaire les besoins fondamentaux des enfants. Imaginez que cela fait 9 à 12 heures qu’il a envie de…

  • se reposer : ne rien faire, s’allonger, se détendre au calme…
  • se défouler : sauter, danser, chahuter…
  • revenir dans son monde : jouer, lire, rester seul…
  • passer des moments de qualité avec papa et maman, après cette longue séparation : jeu, câlin, repas en famille…

Après l'école l'enfant a besoin de se reposer, se détendre, se défouler, sauter, danser, chahuter, revenir dans son monde : jouer, lire, rester seul, avec papa maman

Exemple 1 : l’enfant est rentré après l’école et a goûté. Il est 17h30. À 18h30 il y a la douche, le dîner, puis les activités calmes “pré-endormissement”, puis la nuit. Il a donc 1 heure de libre. Lui prendre 20 ou 30 minutes en devoirs, c’est énorme.

Exemple 2 : l’enfant a judo après l’école. Il rentre et se douche. Il est 19h. Soit 30 minutes avant le dîner. S’il les prend pour faire ses devoirs, il n’a eu aucun temps libre de la journée.

À ce sujet, lisez aussi mon article 10 astuces faciles pour passer du temps avec chaque enfant

2. Les devoirs pourrissent la relation parent-enfant

De nombreux parents témoignent que les devoirs sont un mauvais moment, qu’ils rencontrent des difficultés à accompagner leur enfant. Pas étonnant quand on regarde les 10 raisons que j’évoque ci-dessus ! Une personne incompétente forcerait un enfant fatigué et pas motivé, à faire un exercice abstrait, et ce serait un grand moment de joie ?

Sans compter un élément qui décuple la tension parent-enfant pendant les devoirs. C’est l’inadéquation douloureuse entre :

  • le besoin de l’enfant le soir (recevoir de l’amour, des câlins, des moments de complicité, voire du réconfort après la journée éprouvante en collectif)
  • et la posture que prend son parent (contraindre l’enfant, pointer ses erreurs…).

De nombreux parents témoignent que les devoirs sont un mauvais moment, qu'ils rencontrent des difficultés à accompagner leur enfant. Pas motivé. Conflit.

3. Les devoirs ont des conséquences insidieuses

Une accumulation de frustrations ou une dispute avec les parents autour des devoirs, ça “diffuse” pendant le reste de la soirée. Les répercussions peuvent être :

  • une ambiance familiale plombée pour la soirée
  • une alimentation perturbée pour l’enfant (exemples : il est fâché donc refuse de manger ou quitte rapidement la table, il exige des “faveurs” de ses parents en contrepartie des devoirs imposés, il fait ses devoirs en mangeant pour gagner du temps)
  • un sommeil difficile pour l’enfant (exemples : il se couche tard, a du mal à s’endormir, fait des cauchemars)

Les devoirs ont des effets de bord sur le bien-être de l’enfant et l’ambiance familiale. Alimentation, sommeil, endormissement perturbés. Disputes, conflits.

Les 2 actions faciles à faire dès aujourd’hui, pour vous soulager

Il peut être long et complexe de retrouver un équilibre autour des devoirs, et plus globalement de la scolarité de son enfant. C’est pourquoi j’indique ici ce que vous pouvez faire rapidement, et qui aura déjà un effet positif sur votre relation avec votre enfant.

  1. L’inscrire à l’étude certains jours de la semaine
    Plusieurs jours par semaine, le sujet des devoirs ne viendra pas perturber votre soirée en famille. Surtout, ne vérifiez pas et ne refaites pas les devoirs faits à l’étude !
  2. Faire uniquement les devoirs utiles
    En regardant ses cahiers d’exercices et en questionnant votre enfant, vous saurez les leçons qu’il connaît déjà. Faites les devoirs sur ce qu’il n’a pas encore compris ou assimilé. Ne faites pas les autres devoirs.

 

Et chez vous, les devoirs prennent-ils beaucoup de temps ? Ont-ils un impact sur l’ambiance de la soirée ? Sont-ils source de disputes, voire de conflit ? Sinon, quelles sont vos astuces ? Partagez en commentaires !

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Votre espace de discussion 4 commentaires
Mélanie - 9 novembre 2018

Bonjour Frédérique,
Merci pour cet article qui me rassure énormément : je ne suis donc pas la seule à galérer pour les devoirs et à trouver ça nocif pour la relation parent-enfant !
Je trouve qu’en effet, c’est une corvée pour tout le monde et qu’il est difficile de se positionner pour conserver son harmonie familiale et soutenir son enfant dans son travail .
Merci pour ces pistes que tu donnes.
A bientôt,
Mélanie

Répondre
Frédérique - 10 novembre 2018

Merci Mélanie pour ton soutien ! En effet, à travers cet article et le guide BONUS associé, j’ai voulu aider les parents à trouver leur façon à eux d’aider leur enfant aux devoirs, en fonction de sa personnalité et de son emploi du temps. Et ne pas vouloir suivre à 100% les instructions de la maitresse ou du maître. Ne pas être trop “scolaire” finalement 😉
À très bientôt,
Frédérique

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Agnès - 22 novembre 2018

Bonjour Frédérique,

Complètement d’accord avec cet article. Les devoirs réussissent à gâcher ce qui devrait pourtant être un moment privilégié de la journée : celui où les parents et les enfants se retrouvent.
Voici à ce propos un lien vers un sketch d’Anne Roumanoff. Etant donné l’âge de mes enfants il est trop tard pour appliquer les conseils de l’article mais cela n’empêche pas d’en rire 🙂
https://youtu.be/bWioz41YdIA

Agnès

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    Frédérique - 25 février 2019

    Merci Agnès, j’ai bien ri devant le sketch 😀

    Répondre

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