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N’offrez pas de montre à votre enfant !

Pourquoi cherche-t-on à mettre la montre au poignet de son enfant le plus tôt possible ? Quelles sont nos attentes implicites ? Derrière ce titre radical, je questionne le rapport au temps que nous transmettons à nos enfants. Comment les rendre autonomes sans transformer leur vie quotidienne en course contre la montre ?

À quel âge offrir ou acheter une montre à son enfant ? À quel âge un enfant apprend-il à lire l'heure ? Réveils pédagogiques, montres ludiques, apprentissage.

La crainte de “l’enfant-agenda”

Ce sont des enfants qui m’ont donné l’idée de cet article. D’abord, un enfant de 7 ans qui, pour me parler des jours à venir, a énuméré une liste d’activités avec leurs horaires précis : “Alors mercredi il y a entraînement à 17h, puis match à 18h. Jeudi soir j’ai la répétition de chorale à 18h, vendredi c’est le spectacle à 20h30, mais je dois arriver à 19h45, et samedi je vais au cinéma à 11h”.

Face à ces paroles d’un enfant, je ne peux m’empêcher de ressentir un malaise 😧. Dans ma tête je me dit : “Tu sais déjà tout ce que tu vas faire à l’avance ?” ou “Et si tu me disais plutôt ce que ça te fait de chanter sur scène ?”.

Cela me fait penser à certains adultes qui deviennent des “agendas vivants” : quelqu’un qui récite son planning sans aucune émotion. Je sais de quoi je parle car j’ai moi-même cette tendance quand je me sens débordée.

Les enfants veulent-il vraiment des montres ?

Ma belle-fille et ma fille m’ont aussi inspiré cet article. La première n’a pas voulu de montre pendant toute son enfance (“À quoi ça me servirait ?”). Elle refusait de lire l’heure sur l’horloge du salon située face à elle. Quand elle en avait besoin, elle lançait “Il est quelle heure ?”, espérant que son père ou son frère la lui lise.

Les enfants veulent-ils des montres ? pour faire comme les grands, pour être autonome. Enfants qui refusent une activité et n'aiment pas être interrompus.

L’heure était assimilée à une contrainte pour elle. Quelque chose qui l’empêchait de faire les activités créatives qui la passionnaient, et de dormir 😉. Adolescente, elle a choisi d’avoir seulement 1h30 d’activité extrascolaire, pour avoir plus de temps libre. Quant à ma fille, elle ne porte pas sa montre et se réjouit d’un dimanche où rien n’est prévu.

Bien que certains enfants réclament une montre pour faire comme les grands, ou pour devenir plus autonomes sur certaines tâches, je pense qu’aucun enfant ne veut vivre des journées minutées. D’ailleurs nous voyons leur résistance, quand ils disent non à une n-ième activité, ou réagissent mal d’être interrompus.

Soyons attentifs aux signes que nous envoient nos enfants pour dire “Laisse-moi du temps pour jouer, pour imaginer, pour rêver, pour créer”.

D’abord, remettons les pendules à leur place

Si on prend un peu de recul, l’heure est principalement utile pour les “rendez-vous sociaux”. C’est-à-dire quand plusieurs personnes ont prévu de se réunir pour faire quelque chose ensemble. Dans la vie d’un enfant, se sont les horaires d’école, les horaires de ses activités extrascolaires, une séance de cinéma, un rendez-vous chez le dentiste, une fête d’anniversaire…

Je vous recommande le documentaire Le temps, c’est de l’argent, qui retrace comment notre société a complètement changé son rapport au temps, en un siècle.

En dehors des activités sociales extérieures, un enfant n’a pas besoin de savoir précisément l’heure qu’il est, à tout moment de la journée. Un adulte non plus, d’ailleurs 😉. Il y a donc des contextes où l’heure est importante, et des contextes où elle ne l’est pas.

Dans votre famille, quand est-ce que l’heure n’est pas importante ?

Il faut bien qu’il apprenne à lire l’heure !

Savoir lire l’heure est bien sûr nécessaire pour devenir autonome. L’enfant apprendra relativement facilement une fois qu’il aura les pré-requis mathématiques. C’est d’ailleurs au programme scolaire de CE1.

C’est aussi au programme de nombreuses marques, qui redoublent d’inventivité pour pousser les parents à s’y prendre tôt : montre à symboles, réveil pédagogique, montre ludique, ma première montre à 3 ans…

Mais en réalité il n’y a pas besoin d’une montre pour apprendre à lire l’heure. Les horloges disséminées dans la maison et à l’école sont largement suffisantes pour s’entraîner. Idéalement, choisissez un modèle avec les tirets des minutes et une trotteuse.

Il faut bien qu’il ait des horaires réguliers ! (de repas, de coucher…)

Beaucoup de parents s’astreignent à caler les rituels de la vie quotidienne sur des horaires fixes : douche, devoirs, repas, coucher… Souvent, l’intention est que l’enfant dorme au minimum x heures, et donc tenant compte de l’heure de lever (due à l’école ou naturelle), la soirée est soumise à un rétroplanning presque militaire.

Parfois, cette habitude de tout planifier est aussi en vigueur le weekend. Pour l’enfant, vivre dans un univers minuté est vite source de stress : toujours sur le qui-vive, très sollicité, il doit être capable de s’interrompre, de se dépêcher, de changer de contexte en 5 minutes…

Pour l’enfant, vivre dans un univers minuté est vite source de stress : se dépêcher. Il faut respecter son rythme naturel biologique, alimentation et sommeil.

Au-delà d’horaires somme toute théoriques, tels que le sacro-saint coucher à 20h30, l’important est de respecter son rythme naturel. C’est la promesse d’un bien-être, d’énergie et de facilités d’apprentissage. Il est vrai que notre corps aime la régularité.

En revanche, plutôt qu’obéir aux conseils normés qu’on trouve dans les médias, faisons preuve de pragmatisme :

  • Chaque enfant a son rythme biologique propre, notamment en terme d’alimentation et de sommeil. À nous de le découvrir et de nous y adapter !
  • On peut avoir des repères horaires, tout en s’autorisant +/- 30 minutes en fonction des besoins de l’enfant, sans grave conséquence. Régularité ne veut pas dire rigidité !  Exemples : il n’a pas faim, il a du mal à s’endormir, il veut parler avec maman qui est rentrée tard, il a accumulé du manque de sommeil…

Nos enfants ont besoin de passer des moments de qualité avec nous. Découvrez pourquoi et comment s’organiser dans cet article : 10 astuces faciles pour passer du temps avec chaque enfant

Il faut bien qu’il devienne autonome !

Certains parents espèrent que grâce à sa montre, leur enfant sera plus autonome. Si on lui donne un horaire pour chaque tâche (douche, devoirs, ranger la chambre, mettre la table…), en regardant sa montre il le fera de lui-même ! Les parents se fatigueront moins à lui donner des ordres et à répéter, et en plus il apprendra la discipline.

En fait, l’autonomie n’est pas réelle : le bip de la montre a remplacé le parent, mais l’enfant est toujours assisté pour faire l’activité. Pour moi, la véritable autonomie va avec l’autodiscipline :

  • Savoir faire seul
  • Savoir se mettre en action pour faire. Si besoin, s’appuyer sur ses sensations corporelles.
  • Trouver ses astuces personnelles pour que ce soit facile et habituel (le meilleur moment, un pense-bête, un minuteur, un rituel…)

Cela n’empêche pas d’avoir des objectifs horaires de temps en temps, si cela est justifié, tel que dîner à 19h pour pouvoir regarder un film en famille après.

La montre est surtout utile pour que l’enfant apprenne à gérer son temps quand il a un “rendez-vous social” (école, activité, fête…).

Remettrez-vous en doute vos certitudes sur l’autonomie en osant mon Défi Flash #1 : Ne pas donner d’ordre à son enfant ?

5 conseils pour éviter la course contre la montre

Pour finir, voici les 5 habitudes que j’applique depuis plusieurs années pour ne pas vivre sous la tyrannie de l’horloge :

  1. Montrez l’exemple 😉. Ne soyez pas toujours scotché sur votre montre, à dire l’heure, à faire le compte à rebours, à chronométrer ce que vous faites, à vous dépêcher tout au long de la journée.
  2. Donnez-lui les informations horaires minimum, au moment où il en a besoin, en fonction de sa maturité. En évitant de le charger mentalement avec le planning futur, vous l’aidez à profiter du moment présent. Par exemple avec ma fille de 6 ans : je l’informe d’un rendez-vous la veille, puis j’en reparle le matin. Enfin, 30 min avant de partir, je lui demande de s’y préparer.
  3. Préservez des plages de plusieurs heures, sans contrainte horaire, plusieurs fois dans la semaine. Cela favorisera le bien-être et la créativité de l’enfant.
  4. Utilisez des critères qui ont du sens, plutôt que des horaires. Exemples : passer à table quand on a faim, aller au lit dès qu’on baille, partir au parc quand on est prêt, arrêter le jeu à la fin de la partie…
    Conseils pour éviter la course contre la montre, la tyrannie de l'horloge. Eduquer son enfant au temps qui passe. Connectez-vous au rythme de la nature.
  5. Amenez-le à percevoir le temps autrement que par la montre et l’agenda :
    • connectez-vous au rythme de la nature (jardinage, animaux, marées, saisons…)
    • observez la subjectivité du temps qui passe (parfois le temps passe vite, parfois le temps passe lentement)
    • prenez conscience des temps longs (générations familiales, Histoire…)

Cet article vous a-t-il plu ? Quelle place ont les horloges chez vous ? Quel rapport au temps a votre famille ? En êtes-vous satisfait ? Partagez en commentaires !

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Votre espace de discussion 2 commentaires
Nath - 28 novembre 2018

Bonjour Frédérique,

La phrase “Adolescente, elle a choisi d’avoir seulement 1h30 d’activité” m’a interpellé… 1h30 c’est déjà très bien ! Mes enfants ont moins que ça par semaine (30 min et 45 min). Et ça leur suffit. Les enfants ont d’avantage besoin de plages libres pour jouer selon leurs envies que des activités programmées et dirigées… Où tout est minuté ! Vive les mercredi ou week-end où on prend son temps sans contrainte horaire !

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Frédérique - 28 novembre 2018

J’adhère totalement, Nath ! Merci pour votre commentaire 🙂
Dans notre famille, les activités extrascolaires prennent beaucoup de temps dès lors que l’enfant pratique un sport en section “compétition” (chacun a eu un “sport passion”), puisqu’il y a alors plusieurs entrainements de 1h30/2h… ce qui serait moins gênant si l’école finissait en début d’après-midi, comme dans d’autres pays européens.

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