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Lui apprendre la frustration : la mauvaise excuse des adultes

Parmi les phrases toutes faites sur l’éducation, la palme revient à “Il faut leur apprendre la frustration” ! Un fourre-tout qui donne aux adultes une excuse pour dire non aux enfants et ne pas écouter leurs “crises”. Au risque d’habituer les enfants à réfréner leurs besoins et se priver de plaisirs. Alors comment gérer leurs demandes pressantes ?

Apprendre aux enfants à gérer leur frustration ? Plutôt à gérer leurs besoins, envies, désirs, leurs émotions, la patience, la persévérance. Pas enfant-roi.

C’est quoi la frustration ?

Si je vous dis que ma collègue de bureau est une frustrée, qu’est-ce que ça vous évoque ? Une personne râleuse, envieuse, aigrie, agressive ? En tout cas probablement rien de positif, dans ce qui sonne quasiment comme une insulte.

Dans notre imaginaire collectif, la personne frustrée est une personne devenue malheureuse par le manque chronique. Manque d’amour, manque de reconnaissance, manque de bonne nourriture, manque de sexe… Une personne qui ne se fait pas plaisir dans la vie, voire ne se sent pas désirée ni aimée.

Peut-être avez-vous vécu des périodes de frustration ? Connaissez-vous cette sensation de s’éteindre de l’intérieur ? Cette alternance entre tristesse et colère, contre vous-même ou contre les autres ? Sans forcément savoir ce qui vous manque – la double peine !

La frustration désigne un état d’insatisfaction passager, qui peut devenir un mode de fonctionnement habituel et générer du mal-être.

À la base, il y a un besoin ou une envie : c’est la vie

La frustration est liée à l'insatisfaction d'un besoin (maintenir en vie, équilibre, pyramide de Maslow), d'un désir, d'une envie, d'une pulsion naturelle.

Intéressons-nous d’abord à ce qui se passe avant la frustration, chez l’adulte comme chez l’enfant. Ce truc qui “pousse” à l’intérieur de nous, ces papillons dans le ventre, cette agitation, cette pulsion instinctive. Vous connaissez ?

Ce truc est tellement fort qu’il nous fait agir : manger, acheter, faire un câlin, danser, jouer, parler, allumer la tablette…

  • s’il s’agit de survivre ou de maintenir notre équilibre, on parlera de besoin – voir les 5 types de besoins dans cet article sur la pyramide de Maslow.
  • sinon, on parlera de désir, d’envie.

À la base, il y a donc quelque chose de positif, de vivant qui s’exprime en nous, comme en l’enfant. Notre corps exprime un déséquilibre et cherche à le combler, pour revenir à l’équilibre. Notre cerveau reçoit ces messages et va les transformer en action. Ce processus est légitime et naturel.

Prenons soin des élans de vie qui “poussent” en nous, plutôt que les refouler.

Pourquoi les enfants sont-ils frustrés en permanence ?

La frustration naît quand un obstacle se dresse entre nous et la satisfaction de notre besoin ou envie. Si on exclue les aspects financiers, le premier obstacle concerne les besoins relationnels (les câlins, les discussions, les jeux à plusieurs…). Cet obstacle, c’est l’autre ! En effet, il faut qu’il ait envie lui aussi. C’est un blocage fréquent entre parent et enfant, ainsi que dans le couple. Heureusement, parfois on arrive à donner envie à l’autre 😉

Les enfants font face à un 2ème obstacle : la dépendance à leurs parents. C’est-à-dire que pour combler leur manque, ils doivent attendre :

  • l’autorisation du parent (inviter un ami, regarder la télé, manger un bonbon…)
  • l’accompagnement du parent (aller à l’aire de jeux, aller au cinéma, faire du vélo…)
  • l’horaire que les parents ont décidé (manger, se lever, prendre un bain…)

Conclusion : la grande majorité de leurs besoins et de leurs envies ne peuvent être satisfaits qu’avec le concours de leurs parents. La frustration peut vite devenir leur lot quotidien !

Le risque que nos enfants deviennent des “frustrés chroniques”

Ne pas écouter les besoins d'un enfant, lui dire non, lui demander de s’adapter constamment. Être parent rabat-joie fait un enfant frustré, malheureux.

Les occasions de se sentir frustré étant multiples tout au long de la journée d’un enfant, si on n’y fait pas attention, on peut les habituer à la frustration. En n’écoutant pas leurs besoins, en leur disant sans cesse non, en leur demandant de s’adapter constamment. En faisant les rabat-joies : “On ne peut pas tout avoir dans la vie !”.

Ils développeront des mécanismes pour supporter ça : contenir ou cacher leurs émotions, arrêter de demander, faire plaisir aux autres… en s’oubliant petit à petit. L’enfant peut devenir triste, agité, agressif…

Le problème de cette dérive, c’est que dans l’enfant s’éteint justement ce dont il a besoin pour être épanoui : se connaître, satisfaire ses besoins, avoir des relations saines, avoir de l’envie. Exactement les moteurs dont il aura besoin pour être heureux adulte : faire ce qu’il aime, le métier qui lui plaît, réaliser ses rêves.

Réussir à combiner patience, plaisir et autonomie

Apprendre à un enfant la patience, la persévérance, l'autonomie, le respect, la communication, le plaisir. Gérer la frustration, savoir attendre.

La mission d’équilibriste des parents est donc de veiller à écouter les besoins et envies de leurs enfants, et chercher à les satisfaire au mieux, sans négliger les leurs. Une sorte de “négociation-adaptation” au jour le jour, qui permettra à l’enfant d’apprendre la patience, la persévérance, la communication et le respect de l’autre, notamment.

Plutôt que la frustration, c’est la patience qu’on doit apprendre à nos enfants. Une qualité essentielle !

C’est aussi à nous de leur apprendre à faire sans nous (l’autonomie) : on leur donne ainsi les moyens d’assouvir leurs besoins seuls. Et pour finir, leur transmettre un rapport sain au plaisir : jouir des plaisirs de la vie, sans devenir addict.

Par l’exemple que vous leur donnez à voir, vous façonnez la vision qu’aura l’enfant des plaisirs de la vie.

8 conseils concrets pour accompagner votre enfant

Pour vous aider, voici 8 actions possibles, issues de mon expérience :

1. Nourrissez vos propres besoins

Exemples : sommeil, couple, amis, sport… Sans quoi il sera très compliqué de vous “donner” à l’enfant

2. Observez votre enfant et apprenez à détecter s’il est en déséquilibre

Identifiez ses symptômes. Tentez de décoder les messages cachés (“Tu es nulle” qui signifie “J’ai envie que tu t’occupes de moi”).

3. Aidez-le à nommer ses besoins et ses envies

“J’ai besoin d’aller courir dehors”, “J’ai envie de passer du temps avec toi”

4. Soyez disponible tous les jours pour ses besoins fondamentaux

ou à défaut un autre adulte (besoins vitaux mais aussi jeux, câlins, présence au coucher, compliments…)

Je développe ce thème dans mon article 10 astuces faciles pour passer du temps avec chaque enfant

5. Ne lui mettez pas sous le nez des tentations qu’il ne peut pas encore gérer

Avant un certain âge un enfant aura beaucoup de mal à supporter certaines stimulations très puissantes (un magasin de jouets, un rayon de bonbons au supermarché, les publicités pour enfants, une mosaïque infinie de dessins animés comme sur Netflix, une tablette en libre accès…). N’hésitez pas à supprimer une tentation de la maison, le temps qu’il grandisse.

Comment faire supporter la frustration à un enfant ? Empêcher les addictions, limiter les tentations et les stimulations. Sucre, écrans. Négocier avec l'enfant.

6. Remplacez vos “Non” par un “Oui mais”

Vous entendez sa demande mais ne pouvez/voulez pas la satisfaire à ce moment-là, ou de cette façon-là. Proposez des alternatives, négociez jusqu’à trouver une solution. Ne cédez pas sans quoi vous le ferez à contrecoeur, et lui comprendra qu’il suffit d’insister pour obtenir quelque chose de quelqu’un. Ce moment peut être difficile à vivre pour lui

Exemples : “Je ne peux pas jouer avec toi car je fais la cuisine, mais d’accord pour faire une partie après dîner” ; “Je ne t’accompagnerai pas au parc car j’ai besoin de me reposer. Je propose d’inviter Matéo pour jouer dans le jardin” ; “Je ne t’achèterai pas cette poupée mais tu pourras l’acheter quand tu auras suffisamment d’argent de poche, ou la demander à Noël”.

Découvrez ma série sur l’enfant-roi, en commençant par l’article 1/3 : Enfant-roi : sortons des conseils bidon et des débats stériles !

7. Pour les plaisirs comportant un risque d’addiction, protégez sa santé et responsabilisez-le

Exemples : nourriture, écrans. Imposez des limites d’usage (dessins animés seulement le weekend, pas de grignotage entre les repas…), et petit à petit faites-le définir et respecter ses propres règles lui-même, pour développer son autodiscipline et la confiance entre vous et lui (un jeune enfant pourra arrêter lui-même la télé au bout de 2 épisodes).

8. Devenez faciliteur plutôt qu’obstacle

Quand il n’a pas besoin de vous mais uniquement de vos moyens (argent, utilisation de matériel dans la maison, accompagnement, autorisation…), imaginez des solutions pour qu’il puisse le faire sans vous.

Voilà, j’espère sincèrement que cet article a éclairé votre vision de la frustration, la place du plaisir et du désir dans la vie, et vous donne plein d’idées pour votre vie quotidienne ! Dites m’en plus en commentaires 😉

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Votre espace de discussion 1 commentaires
Tanik - 16 août 2019

Bonjour,
Merci pour ce joli article qui m’a beaucoup plu.
Tanik Déha

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