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Et si les mots “bêtise” et “sage” empoisonnaient notre éducation ?

Il y a des mots qu’on emploie de manière tellement réflexe qu’on a oublié leur sens, pourtant ils touchent fortement nos enfants. Il en va ainsi du mot bêtise et de son opposé sage, deux mots phare de notre «culture éducationnelle». Pourquoi et comment s’affranchir de cette habitude de langage ?

Et si les mots « bêtise » et « sage » empoisonnaient notre éducation ? Le comportement qu’on attendrait d’un enfant : il obéit, ne fait pas de bruit, ne bouge pas trop.

«Tu as encore fait une bêtise à l’école !» «Sois sage chez Mamie.» «Ça c’est une grosse bêtise je suis fâchée !» «Il faut être sage pour que papa Noël amène des cadeaux». Combien de fois par semaine, par jour, prononçons-nous ces deux mots ?

Ces mots sont transmis de générations en générations. Ils étaient déjà prononcés par nos parents quand nous étions enfants, eux-mêmes les ayant appris de nos grand-parents.

Des mots fourre-tout, tel le mot bêtise qui peut désigner des tas d’actes différents : casser, taper, s’enfuir, insulter, attraper un objet dans un magasin, faire du bruit, roter à table, se disputer avec sa soeur, traverser tout seul…

Des mots ancrés dans notre culture, qu’on retrouve dans les classiques pour enfants : T’choupi fait des bêtises, Petit ours brun fait une grosse bêtise, ou l’emblématique Les malheurs de Sophie où «Curieuse et aventureuse, Sophie commet bêtise sur bêtise» d’après Wikipedia.

Je parle aussi des dégâts des mots dans mon article Qualifier son enfant de “timide”, c’est le condamner à vivre avec sa peur.

Inconsciemment, ces mots expriment le comportement attendu par les parents ou la société

Ce qui me frappe d’abord, c’est l’origine du mot bêtise :

Bêtise - dérivé de bête

  • Manque d’intelligence ou de jugement ; stupidité. Synonymes : idiotie, imbécillité.
  • Action irréfléchie, imprudente ou répréhensible. Synonymes : erreur, sottise.

Naturellement, du fait qu’ils sont en développement et que leur corps et leur cerveau sont encore immatures, tous les enfants sont régulièrement amenés à se conduire de façon imprudente ou inadaptée.

Cela fait partie du processus d’apprentissage et n’a aucun rapport avec leur intelligence !

Mais alors qu’est-ce qu’une bêtise ?

Quand à sage, on lui a donné une définition spécifique pour les enfants :

Sage

  • Qui juge, choisit, se conduit selon la raison, le bon sens.
  • En parlant le plus souvent d’un enfant : docile, discipliné, calme, tranquille, posé, réservé.

J’aime la première définition, la véritable. Elle exprime finalement notre intention de parent, qu’en atteignant l’âge adulte notre enfant puisse avoir une suffisamment bonne connaissance du monde qui l’entoure et de lui-même pour pouvoir mener sa vie.

La deuxième définition est hallucinante en ce qu’elle exprime le comportement formaté qu’on attendrait d’un enfant : il obéit, ne fait pas de bruit, ne bouge pas trop.

Et dans le même temps l’action – parfois épuisante, parfois vaine – du parent pour l’obtenir.

Être évalué constamment nuira à son épanouissement

Nommer un acte «bêtise» ou qualifier le comportement d’un enfant (voire l’enfant lui-même) de «pas sage» ou «sage» peut assez vite nous mettre dans la posture de juger son enfant. D’être là à l’observer, le surveiller et dire «ça c’est bien, ça c’est pas bien», sans nuance : c’est noir ou c’est blanc.

À pointer ses erreurs puis l’évaluer à la fin de la journée «Aujourd’hui tu as été très sage / tu as fait deux grosses bêtises». Telle la maîtresse traditionnelle, qui corrige une dictée en pointant en rouge les fautes de français puis lui met une note finale.

L’enfant, lui, que ressent-il ? Qui reçoit des évaluations des adultes tout au long de la journée, qui les attend peut-être, qui les redoute certainement, qui culpabilise d’être mauvais ou de se tromper.

L’enjeu délicat est donc d’éduquer son enfant – l’aimer, le protéger, accompagner son développement – tout en respectant sa personnalité.

Pendre la posture de l’évaluateur-correcteur de comportement peut avoir des conséquences négatives sur l’enfant à long-terme.

Par exemple :

  • éteindre sa curiosité et sa créativité, ou le rendre peureux, en interrompant sans cesse ses initiatives, ses velléités d’expériences
  • inhiber sa propre personnalité, en l’habituant à se comporter comme l’attendent les autres ou selon un comportement standard
  • développer une facilité à se soumettre ou se faire dominer par l’autre, à l’image de sa docilité en famille

L’enjeu délicat est donc d’éduquer son enfant – l’aimer, le protéger, accompagner son développement – tout en respectant sa personnalité. Réussir à instaurer un cadre à l’intérieur duquel il est libre d’être lui-même, et accepté tel qu’il est.

Comment se passer (ou presque) des mots bêtise et sage ?

Essayer de ne plus prononcer ces deux mots est un défi qui oblige à renouveler le langage employé avec son enfant. Cela force notre créativité ! Si c’est difficile, voici quelques compléments pour vous aider :

  • Ne visez pas un comportement idéal mais accueillez de ce que fait ou dit votre enfant. Tout ce qui arrive est une opportunité pour apprendre (sur vous-même, sur votre enfant, sur l’éducation) ou pour lui apprendre quelque chose.
  • Soyez curieux de votre enfant :
    • cherchez à comprendre son intention derrière l’action
    • découvrez avec plaisir sa personnalité, ses modes de fonctionnement
    • demandez-vous ce qu’il ressent, ce qu’il pourrait dire s’il avait la maturité suffisante : «Papa, Maman, arrête de me juger et montre-moi, explique-moi, accompagne-moi»
      Soyez curieux de votre enfant. Cherchez à comprendre son intention. Découvrez avec plaisir sa personnalité. Demandez-vous ce qu’il ressent.
  • Nommez ses actes et vos demandes de façon descriptive et précise, qu’il s’agisse de compliments ou de critiques :
    • plutôt que «La maîtresse m’a dit que tu avais encore fait une grosse bêtise à l’école» => «La maîtresse m’a dit que tu avais griffé Matéo au visage pendant la cantine. Que s’est-il passé ?»
    • plutôt que «Tu as intérêt à être sage dans la salle d’attente !» => «Dans la salle d’attente il y a d’autres personnes malades, alors pour éviter de les fatiguer, tu resteras assis sur la chaise ou à la table de jeu, et on se parlera en chuchotant, d’accord ?»
    • Je parle aussi des étiquettes et des surnoms dans mon article La famille n’est pas un jeu de rôles ! (poème).
  • Réservez le ton grave et ferme pour les moments où l’enfant s’est mis en danger, ou a mis en danger quelqu’un
  • Accompagnez-le pour trouver ensemble des alternatives pour répondre à son besoin, à son envie, voire négociez à partir d’un certain âge.
  • «Suis-je en train de l’éduquer ou de le dresser ?» j’aime bien m’en remettre à cette analogie quand je doute.

Et vous, employez-vous souvent les mots bêtise et sage ? Quel sens ont-ils pour vous, pour vos enfants ? Avez-vous relevé le défi de ne plus les dire ? Partagez en commentaires !

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